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De retour d'un weekend sur les plages de Mora, un peu plus bas sur la côte indienne en dessous de Bombay, j’ai découvert la vie rurale, en communauté dans des petits villages, avec des gens tellement ouverts et accueillants… que ça m’en a fait perdre le nord !
Mora est une longue plage qui longe la côte, parsemée de forêts, de lopins de terre cultivés, de maisons individuelles ainsi que de petits villages.
Nous avons campés dans une petite forêt à deux pas de la plage, pour s’échapper pendant un weekend de la fureur de la mégalopole de Bombay. Nous avions donc de quoi
dormir (une tente), mais restait alors à se préoccuper comment on allait manger pendant ces deux jours. Nous nous sommes présentés vers un petit hameau de maisons, et nous avons rencontré Harish,
sympathique indien d’une quarantaine d’années, qui vit ici avec son frère ainé et sa mère. Il a acheté ce terrain en face à la mer, y a construit sa maison, élève des chèvres et cultive des
légumes… Instantanément, il nous a proposé de faire la cuisine pour nous pendant ces deux jours : il viendrait nous cherchait à notre tente quand les repas seraient prêts, et il fallait
qu’on soit là à 4h, pour le thé de l’après-midi. Et c’est comme ça que l’on a élu domicile à la maison juste à côté de notre tente, le temps des repas quotidiens.
L’hospitalité réinventée… On débarque et pour eux c’est normal qu’ils s’occupent de nous. Dans ses yeux, on voyait qu’il mettait tout son cœur à nous servir, comme si on était des membres de la famille. Ca fait tellement chaud au cœur de voir ça, surtout quand on sait qu’on ne parle pas la même langue… Le Marathi est la langue parlée dans le Maharastra, cela n’a trop rien à voir avec l’hindi, et les gens ici ne parlent que deux trois mots d’anglais, comme moi je parle marathi finalement !
Je pensais à la même situation que l’on aurait pu vivre en France, venir camper aux environs d’une maison, leur demander le couvert… je ne pense pas que l’on aurait été reçus comme ça, avec un naturel si généreux ! Les gens se seraient demandé d’où on venait comme ça, pour s’introduire dans la vie des autres. Même pour moi, je pense que c’est un réflexe que je n’aurais pas forcément eu, proposer à des inconnus de les faire manger pendant deux jours. On est finalement formatés dans un certain moule. Qu’on le veuille où non on est individualistes. Et face à des situations comme ça, cela nous semble tellement beau de se voir offrir de telles choses… Cela m’a fait une fois de plus ouvrir les yeux : soyons humanistes, solidaires, généreux... soyons vrais !
Plus tard dans le weekend, on perdra nos claquettes, déposées sur la plage à la tombée de la nuit pour se tremper les pieds dans la mer. Pas de problème, Harish nous donnera les siennes pour rentrer à Bombay, le village est pas loin et il s’en rachètera d’autres dans la semaine… Ca m’espentera encore un peu plus…
Une autre rencontre fabuleuse fut celle de Prematuella, jeune fille du village d’à côté, qui ramassait du bois avec ses copines dans la forêt juste à côté de
notre tente. Comme nous avions besoin de bois nous aussi pour faire un feu pour la soirée qui arrivait, elle et ses copines m’ont pris dans la forêt pour que j’aille ramasser des branches avec
elles. Nous essayons de communiquer, elles en marathi, moi en anglais, et c’est marrant car mine de rien on se comprend grâce aux gestes et à la communication non verbale. Prematuella voulait
savoir si j’étais mariée, et si j’avais des enfants. Ah… pas tout à fait encore… Elle m’a ensuite mimé qu’elle se coiffait les cheveux, alors on est revenues près de la tente pour que j’attrape
ma brosse à cheveux ! Je lui ai lissé les cheveux, et confectionné une coiffure que je n’ai pas l’habitude de voir en Inde, et que je fais moi-même parfois sur mes cheveux. Ils ont tous dit
que c’était le french style J. Elle aussi ma fait une tresse africaine tout autour du front, et la tresse typique pour finir sur le bas des épaules.
Elle m’a même donné son bindi (vignette autocollante que les indiennes revêtent sur le front).
Bref, je m’étais faite une nouvelle amie, alors qu’on ne se comprenait pas vraiment, on a très vite connecté l’une avec l’autre. Prematuella est l’ainée d’une
famille de sept enfants. Tous les jours elle va ramasser du bois. C’est une très belle fille et elle est rayonnante de joie, très dynamique. Même après une après-midi de dur labeur, où elle porte
sur sa tête un panier rempli de bois qui doit peser au moins 15 à 20 kilos, elle est pleine d’énergie.
Elle nous a invités à boire le thé chez elle. Nous sommes donc retournés au village avec elle et ses copines, avons marchés tout le long de la plage.
Arrivés chez elle, dans une petite maison au cœur d’un mignon petit village, elle nous a présenté sa mère, son père, et tous ses frères et sœurs. Tous étaient très beau, chacun à leur façon, avec des grands yeux noirs qui vous dévorent, et des sourires par lesquels on communique et qui remplacent finalement bien la parole. Prematuella m’a alors pris avec elle pour que je me lave, un seau d’eau, du savon, parfait pour se débarbouiller les mains, bras et visages après une séance de ramassage de bois. Toute cette scène au milieu de deux trois poules qui cocotent, d’un chat qui passent et de toutes les sœurs qui regardent si j’ai bien assez d’eau, au moins…
Là aussi l’hospitalité nous redonne une claque, alors que l’on vous sert du thé, rien qu’à vous, puisque cela ne ce fait pas de boire en même temps que ces invités, dans une petite maison où il n’y a qu’une seule pièce : un coin cuisine, un tapis pour s‘assoir, et un temple. Le temps d’ailleurs attirait notre attention, car il y avait deux photos encadrées avec deux petites frimousses d’un garçon et d’une fille d’à peu près 6-7 ans. On apprendra par la suite qu’il s’agit de deux enfants de la famille, qui sont allés se baigner l’année dernière, mais la mer était mauvaise et ils ne sont pas revenus. Quelle tristesse… et quand la maman nous dit ça, elle parait triste, bien sûr, mais on peut voir dans ses yeux un immense courage, comme si le fait de voir ses deux petits en photo sur le temple tous les matins, lui permettait de trouver l’inspiration pour son quotidien. On a beaucoup de choses à apprendre de ces gens là.
Pendant ce temps, Prematuella était partie se poudrer le visage, se maquiller, se coiffer… et elle est revenue comme prête à aller au bal de l’année, toujours très
vive et enthousiaste à propos de tout. Nous voulions prendre une photo de famille, mais ils n’ont pas voulu. Elle a préféré nous emmenés à son temple à l’orée du village, nous présenter les
divinités qu’elle vénère tous les jours. C’était ce qui était important pour elle. Elle m’a donnée deux fleurs que j’ai pu déposer en offrandes, puis il fallait prendre des photos.
Charmante rencontre Prematuella. Une douceur avec de l’énergie et du dynamisme à revendre.